International Social Security Review International Social Security Review

Publiée depuis 1948, la revue International Social Security Review (ISSR) est la plus importante publication trimestrielle internationale en matière de sécurité sociale dans le monde.

Des articles rédigés par d'éminents spécialistes de la sécurité sociale présentent des comparaisons internationales, des analyses approfondies de questions spécifiques et des études sur les régimes de sécurité sociale des différents pays.

Par le biais de Mon AISS, les organisations membres de l'AISS peuvent accéder gratuitement aux numéros de l'ISSR en anglais parus de 1967 à aujourd'hui; elles disposent également d'un accès aux versions électroniques française, allemande et espagnole des articles parus de 2007 à 2013.

Depuis 2014, la revue International Social Security Review paraît en anglais uniquement et les résumés de tous les nouveaux articles sont disponibles en huit langues: français, allemand, anglais, arabe, chinois, espagnol, portugais et russe.

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Résumés des articles (Numéro courant: avril-juin 2018, volume 71, numéro 2)

Markus Loewe et Rana Jawad

Instaurer une protection sociale au Moyen-Orient et en Afrique du Nord: perspectives pour un nouveau contrat social?

L’article introductif de ce numéro spécial porte sur la genèse, les caractéristiques et les difficultés des régimes de protection sociale dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA). Il défend l’idée que les politiques de protection sociale mises en œuvre dans la région MENA doivent être vues comme un élément fondamental du contrat social que les pouvoirs publics ont proposé à leurs citoyens après l’indépendance. La mise en place de systèmes de santé et d’enseignement gratuits, de subventions généreuses à l’alimentation, à l’énergie et à l’eau, de régimes d’assurance et d’aide sociale et de vastes programmes d’emplois publics a été un moyen de contrebalancer l’absence de participation et de responsabilité politique. Cette stratégie a été possible grâce à des rentes importantes (comme les produits de l’exportation de pétrole, de gaz et de minerais, ou les redevances du canal de Suez), aux envois de fonds des travailleurs émigrés et à l’aide au développement accordée pour des raisons politiques. La diminution des revenus tirés de certaines de ces sources et la croissance démographique ont conduit les gouvernements de la région MENA à concentrer davantage leurs dépenses de protection sociale sur les catégories de la population importantes d’un point de vue stratégique, c’est-à-dire, en général, la classe moyenne supérieure résidant en milieu urbain. C’est pourquoi les systèmes de protection sociale de ces pays présentent actuellement de graves faiblesses en termes d’équité sociale, d’efficience et de viabilité. Alors qu’ils continuent d’absorber une très forte proportion du produit intérieur brut (PIB) national, ils ne contribuent que peu au recul de la pauvreté, de la précarité et des inégalités – certains d’entre eux ont même des effets redistributifs régressifs. Les articles de ce numéro spécial mettent en lumière certaines des opportunités à saisir et des difficultés à surmonter pour mettre sur pied des systèmes de protection sociale viables dans les pays de la région MENA.


Ghada Barsoum

Les politiques d’activation des jeunes peuvent-elles occuper une place centrale dans les politiques sociales mises en œuvre dans les pays de la région MENA?

Le chômage des jeunes est une préoccupation sociopolitique majeure dans les pays arabes de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA). Pourtant, les programmes actifs du marché du travail (PAMT) en faveur des jeunes sont encore relativement peu répandus dans ces pays et ne font pas partie intégrante des politiques sociales. Cet article tente d’éclairer ce paradoxe. Il décrit ces programmes et identifie les obstacles à surmonter pour en faire un instrument central dans l’arsenal des politiques sociales de la région. Il souligne qu’à l’échelle internationale les pays qui sont parvenus à faire des PAMT un volet à part entière de leurs politiques sociales l’ont fait dans le cadre de réformes de long terme visant à instaurer des systèmes de sécurité sociale inclusifs. Les pays arabes n’ont pas emprunté cette voie: l’accès aux régimes de sécurité sociale contributifs reste limité, le marché du travail est caractérisé par l’importance du secteur informel et la majorité des travailleurs est dépourvue de protection sociale. A cela s’ajoutent l’insuffisance des budgets publics et un manque de connaissances sur l’efficacité des PAMT dans la région.


Mario Gyöeri et Fabio Veras Soares

La protection sociale universelle en Tunisie: comparaison de l’efficacité et de la rentabilité d’un programme de subventions à l’alimentation et à l’énergie et de celles d’un projet d’allocation familiale universelle

Cet article compare l’efficacité et la rentabilité d’un programme de subventions à l’alimentation et à l’énergie actuellement mis en œuvre par le gouvernement tunisien à celles d’une allocation familiale universelle envisagée pour le remplacer. L’analyse empirique repose sur des microsimulations du coût des deux programmes et de leur impact sur la pauvreté réalisées à partir de données issues de l’enquête tunisienne auprès des ménages. Il en ressort qu’une allocation familiale universelle est un moyen environ deux fois plus efficient de faire reculer la pauvreté que le programme de subventions à l’alimentation et à l’énergie actuellement en place (en d’autres termes, recourir à une allocation familiale universelle pour sortir une personne de la pauvreté a un coût inférieur de moitié à celui de subventions permettant d’atteindre le même résultat). En conclusion, l’article souligne qu’il est envisageable d’engager des réformes de la protection sociale qui en renforcent l’efficience en adoptant une approche universelle. Il est possible de réformer sans avoir à faire appel, pour remplacer les subventions, à un ciblage étroit des populations pauvres dont les inconvénients (importantes erreurs d’exclusion, encouragement du travail informel et tensions sociales) et les coûts (dépenses publiques et privées liées à la collecte des nombreuses données nécessaires pour améliorer le ciblage) sont généralement insuffisamment pris en compte ou sous-estimés.


Jessica Hagen-Zanker, Martina Ulrichs et Rebecca Holmes

Les effets des transferts monétaires en faveur des réfugiés dans un contexte de déplacement prolongé des populations: l’expérience de la Jordanie

La crise des réfugiés actuelle nécessite une nouvelle manière de penser et l’adoption de politiques de long terme qui n’aient pas pour seul but de répondre aux besoins immédiats des réfugiés. Face à cette crise durable, la réponse humanitaire a notamment consisté à mettre sur pied des programmes de transferts monétaires pour aider les réfugiés syriens installés en Jordanie à satisfaire leurs besoins élémentaires. Alors que les effets des transferts monétaires dans un contexte de stabilité ont fait l’objet de nombreuses études ces vingt dernières années, on dispose de peu d’informations sur l’impact que ces dispositifs sont susceptibles d’avoir sur des populations déplacées durablement. Cet article porte sur les effets économiques et sociaux d’un programme de transferts monétaires instauré par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en faveur des réfugiés syriens qui vivent en milieu urbain en Jordanie. Il montre que la quasi-totalité des bénéficiaires ont utilisé l’allocation reçue pour payer leur loyer, ce qui atténue les tensions et l’anxiété. Les effets constatés sont importants, mais leur ampleur est subordonnée au maintien de l’allocation. Pour avoir des retombées à plus longue échéance, l’assistance aux réfugiés doit aller au-delà d’une aide à court terme. Il faut également qu’elle soit mieux coordonnée avec les politiques nationales et que le cadre d’action plus large dans lequel elles s’inscrivent soit favorable – par exemple que les réfugiés aient le droit de travailler.


Sharif A. Ismail

La marche chaotique vers l’instauration de la couverture santé universelle en Egypte: économie politique de la réforme de l’assurance-maladie au cours de la période 2005-2015

Les processus de formulation et de mise en œuvre des politiques publiques dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) sont trop peu étudiés. Cet article présente une étude de cas sur une réforme visant à étendre la couverture de l’assurance-maladie en Egypte. Il repose sur une analyse thématique d’études (évaluées par les pairs ou non) et d’articles de la presse écrite publiés entre 2005 et 2015, et accorde une importance particulière à la période 2005-2011. L’analyse montre que les initiatives de réforme prises au cours d’une grande partie de la période étudiée ont échoué en raison de divergences de fond opposant des acteurs importants en ce qui concerne les objectifs, les propositions et la stratégie politique à adopter pour introduire le changement. En Egypte, la réussite des réformes envisagées dépend probablement de la prise en compte des différentes priorités de ces acteurs et de l’évolution des rapports de pouvoir qu’ils entretiennent, d’autant plus que le système de santé du pays est actuellement confronté à d’énormes défis politiques, sociaux et économiques.


Walaa Talaat

Efficacité du ciblage du programme égyptien de subventions alimentaires: toucher les pauvres?

Alors que le programme égyptien de subventions alimentaires (Food Subsidy Programme – FSP) contribue grandement à la stabilité sociale, les chercheurs et la classe politique plaident en faveur d’une réforme qui privilégierait un ciblage efficace de la population pauvre. Il en va plus particulièrement ainsi depuis la révolution égyptienne de 2011, dans un contexte où le gouvernement et les organisations internationales affirment que le programme est relativement coûteux et ne permet pas de toucher les plus pauvres. En conséquence, il est primordial de pouvoir mesurer l’efficacité du ciblage de ce programme de lutte contre la pauvreté, en particulier pour évaluer si les objectifs de ciblage sont atteints. La plupart des études déjà consacrées au FSP analysent les problèmes que constituent les erreurs d’exclusion et d’inclusion à partir d’une approche strictement économétrique. Au contraire, la présente étude fait appel à une méthode hybride qui permet de mieux appréhender le programme et d’apprécier l’influence de sa structure de gouvernance sur son efficacité. Cette méthode est un moyen d’obtenir un indicateur statistiquement fiable de l’efficacité du ciblage et de mieux comprendre la capacité du programme à réellement atteindre les objectifs de ciblage. En outre, comprendre le fonctionnement réel du mécanisme de ciblage devrait aider les décideurs publics à en améliorer l’efficacité et, finalement, faciliter la mise en œuvre d’une réforme globale de nature à instaurer un système de protection sociale efficace.