Séminaire technique sur le maintien et le retour à l'emploi des seniors
Les conséquences de l'évolution démographique à long terme, associées aux effets de la crise économique sur les actifs âgés et les diverses mesures prises par les pouvoirs publics pour lutter contre le chômage des seniors, ont été le thème central d'un séminaire organisé par l'Association internationale de la sécurité sociale (AISS) sur le maintien et le retour à l’emploi des seniors, qui s'est tenu à l’invitation du ministère irlandais des Affaires sociales et familiales à Malahide (Dublin), les 18 et 19 juin 2009.
Bernadette Lacey, Secrétaire général du ministère des Affaires sociales et familiales et Vice-présidente de la commission technique de l'AISS des politiques de l'emploi et de l'assurance chômage, a souhaité la bienvenue aux participants. Au nom de l'AISS, Yannick D'Haene, Directeur de l'Observatoire de la sécurité sociale, a souligné l'importance stratégique pour la sécurité sociale de méthodes d’action ciblées pour faire face au vieillissement de la main-d’œuvre.
Les données que les experts en sécurité sociale et en emploi ont échangé lors de la réunion ont confirmé qu'un certain nombre d'institutions de sécurité sociale, y compris les régimes de protection contre le chômage, ont pris des mesures pour répondre aux besoins des actifs âgés. S’il ressort des statistiques récentes présentées lors du séminaire que les actifs âgés ne sont pas touchés de manière disproportionnée par la crise, il n’en reste pas moins que la situation pourrait évoluer.
Des politiques ciblées face au défi démographique
Il ressort des études menées par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de travail et présentées lors du séminaire que la baisse de la natalité et l’augmentation de l’espérance de vie ont déjà des effets sur le marché du travail et, consécutivement, des conséquences importantes pour les régimes de pensions. Dans la seule Union européenne, le nombre d'actifs âgés de 55 à 64 ans augmentera de 24 millions entre 2005 et 2030.
Lors des discussions, les experts ont relevé trois domaines nécessitant des mesures concertées pour faire face aux conséquences de ces tendances démographiques: récompenser le travail, réduire les incitations à prendre une retraite anticipée et améliorer l'employabilité des seniors.
De nombreux régimes de sécurité sociale ont choisi des approches anticipatives et souvent novatrices face à ce défi. Ainsi, la France, la Belgique, le Portugal, les Pays-Bas, le Canada et l'Allemagne ont donné des exemples de mesures et de bonnes pratiques.
Pour modifier la perception qu’on les employeurs des actifs plus âgés, l'assurance pension allemande a mené un projet pilote au niveau régional qui favorise le développement de services de conseils spécialisés pour les entreprises locales. Un accent est ici mis sur le défi démographique et sur l'intensification de la mise en réseau au niveau régional des acteurs économiques se chargeant des seniors.
Au Canada, des initiatives spécifiques en faveur des actifs plus âgés ont incité à travailler plus longtemps, laissant aux seniors une marge de manœuvre plus grande pour combiner activité rémunérée et pension. Face à la crise actuelle, des plans d’incitation à court terme aident les chômeurs plus âgés, touchés par les réductions d'effectifs ou des fermetures d'entreprises, en leur proposant une garantie de revenu et d'autres mesures.
Aux Pays-Bas, la politique du «premier arrivé, dernier parti» a été appliquée plus systématiquement ces dernières années afin de décourager les licenciements ciblés sur les actifs plus âgés.
À titre d'autre exemple, on peut citer celui de la Belgique où le programme de «gestion active de la restructuration» a été mis en place en 2006 pour faciliter le redéploiement des salariés, en particulier des plus âgés, victimes de licenciements collectifs. Cette mesure a un objectif important: changer l’attitude des employeurs et des salariés en encourageant le réemploi plutôt que la mise à la retraite anticipée des actifs plus âgés.
Une stratégie globale pour investir dans l'employabilité
D'après l'orateur principal, Mark Keese, économiste principal à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les pertes d'emplois sont une conséquence inévitable de la récession, mais le défi à long terme du vieillissement de la population appelle une stratégie globale pour investir dans l'employabilité des actifs de tous âges.
Le représentant de l'OCDE a souligné que les tendances démographiques à long terme entraînent inévitablement un allongement de la durée du travail. Il est d’avis que ni la productivité, ni les migrations ne peuvent, à elles seules, relever les défis liés à l'évolution démographique.
La crise économique exerce de nouvelles pressions sur le marché du travail de tous les pays. Malgré la hausse sensible du chômage observée l'année dernière dans la plupart des pays industrialisés, l'OCDE estime que les pertes d'emplois risquent de toucher plus largement les jeunes. Face à ce problème, les actifs plus âgés sont moins exposés que les jeunes. Ils ont cependant plus de mal, une fois au chômage, à retrouver un travail, a déclaré M. Keese.
Pour ce dernier, il faut se garder de répéter les erreurs commises dans le passé. L’économiste a rappelé que «les employeurs, les syndicats et les pouvoirs publics devraient éviter de recourir aux régimes de retraite anticipée, aux prestations d'invalidité ou encore aux licenciements sur la seule base de l'âge», dans la mesure où ces pratiques augmentent les coûts sociaux et ne se traduisent pas nécessairement par le recrutement d'actifs plus jeunes.
Des interventions efficaces
D'après Brendan Whelan, chercheur et professeur à l’Economic and Social Research Institute, Irlande, la crise financière rend les enjeux implicites du vieillissement de la population plus saillants. Il craint également que la crise augmente l'offre de travailleurs plus jeunes et dissuade d'embaucher des actifs plus âgés.
M. Whelan, a relevé que les gouvernements et les régimes de sécurité sociale pourraient concevoir des interventions efficaces, en recourant, par exemple, à des reconversions et des incitations à travailler plus longtemps, tout en évitant les risques – expérimentés lors des récessions précédentes – que représentent les incitations à prendre une retraite anticipée.
«Sans intervention des pouvoirs publics, l'évolution démographique ralentira la croissance économique et accroîtra la charge que représente la dépendance, elle posera des problèmes graves au niveau des finances publiques en raison des pressions qui s'exerceront sur les dépenses de pension, de santé et de services sociaux» a conclu M. Whelan.
Plus d'information:
Les rapports et présentations du séminaire sont disponibles sur Extranet .