Table ronde pendant le séminaire sur les politiques familiales en Uruguay
De nouvelles formes de structure familiale, un meilleur accès aux marchés du travail pour les femmes, le vieillissement de la population et même les modèles de migration sont en train de transformer les unités familiales traditionnelles et les systèmes de solidarité dans toutes les régions, selon Yannick D’Haene, Directeur de l’Observatoire de la sécurité sociale de l’AISS.
Ces tendances auront trois conséquences majeures pour les politiques familiales, a déclaré M. D’Haene lors de la réunion. «Premièrement, un accroissement de l’exclusion, en particulier pour les familles monoparentales et les enfants; deuxièmement, la nécessité de concilier la vie familiale et la vie professionnelle; et troisièmement, l’émergence d’une «quatrième» génération qui sera de plus en plus dépendante du fait de l’allongement de l’espérance de vie.»
Ce séminaire technique, Les politiques familiales face aux changements des structures familiales et à l’évolution du contexte socioéconomique , a été organisé par l’AISS à Piriápolis, Uruguay, les 19 et 20 mars 2009, à l’invitation de la Banque d’assurance sociale d’Uruguay (Banco de Previsión Social).
Les politiques familiales pour vaincre la pauvreté
Lors de l'ouverture du séminaire, le président de la Banque d’assurance sociale d’Uruguay, Ernesto Murro Oberlin, a rappelé aux participants que la lutte contre la pauvreté, y compris la pauvreté des enfants, était le but principal des Objectifs du millénaire pour le développement des Nations Unies. «Vaincre la pauvreté doit être au cœur des politiques familiales et de l’emploi,» a rappelé avec insistance M. Murro.
Le séminaire a réuni plus de 80 experts des questions de politique et administrateurs originaires du monde entier ainsi que des représentants de l’Organisation internationale du Travail, de l’Organisation ibéro-américaine de la sécurité sociale ( Organización Iberoamericana de Seguridad Social, OISS ), et de la Banque mondiale. Mme Marina Arismendi, ministre de la Protection sociale et M. Gorge Bruni, vice-ministre du Travail et de la Sécurité sociale d’Uruguay, ont pris la parole pendant la réunion.
Les changements sociologiques menacent les systèmes traditionnels
Les changements sociologiques universels, qui affectent touts les pays à divers degrés, créent de nouvelles formes d’exclusion dont les principales victimes sont les enfants, a-t-il été dit lors du séminaire. Ces changements ont non seulement des conséquences sur la politique sociale mais font aussi peser une menace sur les systèmes de sécurité sociale et leur viabilité financière à long terme.
Les prestations familiales existent dans à peu près 80 pays seulement, mais deux raisons majeures imposent de développer davantage les politiques familiales, selon M. Philippe Steck, directeur des relations internationales de la Caisse nationale française d’allocations familiales.
«La première raison vient de ce qu’elles peuvent agir comme régulateur démographique en permettant aux femmes de concilier le désir de travailler et d’avoir des enfants, et ceci ne s’applique pas uniquement aux pays développés. La seconde raison découle des efforts de redistribution menés par les politiques familiales dans la lutte contre la pauvreté des familles et des enfants,» a-t-il insisté.
«La politique familiale est un investissement pour l’avenir,» a conclu M. Steck. «Un investissement avec un rendement quasi-garanti.» Il a également été fait valoir que l’amélioration de l’accès à l’emploi pour les femmes et les jeunes, qui contribuent à la production d’une main d’œuvre active et en bonne santé, est essentielle pour que les systèmes de sécurité sociale puissent conserver leur viabilité financière à long terme.
«La participation des femmes au marché du travail est non seulement une question de justice sociale, mais un élément qui influe sur le progrès économique», selon un rapport présenté par deux spécialistes uruguayens de l’assurance sociale, Silvia Santos et Gabriel Lagomarsino.
«L’activité professionnelle des femmes est fondamentale pour réduire la pauvreté et favoriser le développement du pays.»
De bonnes pratiques pour des politiques efficaces
Pendant le séminaire, des études de cas de bonnes pratiques concernant la Colombie, l’Argentine, le Brésil et l’Equateur ont confirmé que des politiques familiales efficaces doivent être adaptées au contexte de chaque pays. Les experts ont convenu qu’un équilibre des régimes contributifs et non contributifs devrait éviter le «piège de l’emploi». En effet, des approches non contributives peuvent être efficaces pour couvrir les groupes les plus vulnérables de la société, mais sont susceptibles d’encourager le travail informel.
La Commission technique des allocations familiales de l’AISS envisage de réaliser un rapport d’ensemble dont la publication coïncidera avec le Forum mondial de la sécurité sociale en 2010, et qui comportera notamment une enquête sans précédent sur les programmes en matière de politique familiale dans le monde.