Pendant une grande partie du XXe siècle, l’amiante a été considéré comme un produit miracle et a été largement utilisé dans les secteurs de la construction et de la transformation. Depuis les années 1970, l’amiante a été progressivement interdit en Europe et en Amérique du Nord lorsque les effets cancérogènes de l’exposition à l’amiante sont devenus manifestes. En 2005, l’amiante a été interdit dans l’Union européenne, suivie en cela par d’autres pays. Plus de 40 pays ont actuellement interdit l’amiante.
Pourtant, les importations et l’utilisation d’amiante ont augmenté dans de nombreuses régions de la planète, et des études de cas en Inde et en Thaïlande ont confirmé que la prolifération du recours à l’amiante expose aujourd’hui les travailleurs à de graves risques professionnels. L’OMS estime que c’est en Asie du Sud-Est que l’on trouve le plus grand nombre de travailleurs qui sont exposés directement à l’amiante.
Une catastrophe d’ampleur mondiale
Il est impossible de mesurer toute l’étendue de l’incidence de l’amiante sur la santé humaine. Les maladies dues à l’amiante ne se manifestent qu’après 20 à 60 ans et, dans beaucoup de pays, il se peut que les données ne soient pas fiables. Toutefois, les études épidémiologiques et l’expérience médicale confirment que l’effet sur la santé des travailleurs est catastrophique.
En Allemagne, plus de 50 000 cas de maladies liées à l’amiante ont été reconnus à ce jour. Au Royaume-Uni, on estime que 120 000 personnes pourraient être victimes de l’exposition à l’amiante et qu’un homme sur 100 nés dans les années 1940 pourrait être touché.
Pas moins de 100 000 personnes meurent chaque année dans le monde de maladies liées à l’amiante, ce qui représente plus de 54 pour cent des décès dus à des cancers d’origine professionnelle.
«L’amiante est une catastrophe d’ampleur mondiale», a déclaré M. Klaus Bartels, expert de l’AISS et organisateur du colloque. «Toutefois, malgré les effets nuisibles sur la santé des travailleurs et les conséquences négatives qui en résultent pour l’économie, 2,5 millions de tonnes d’amiante continuent d’être extraites chaque année dans le monde», a-t-il indiqué.
Les études montrent que le nombre de victimes de l’amiante augmentera probablement encore pendant 5 à 10 ans, même dans les pays qui ont interdit l’amiante, d’après M. Kurt Straif, du Centre international de recherche sur le cancer. «Des mesures urgentes et concertées sont nécessaires, en particulier dans les pays en développement, pour réduire le risque d’une deuxième vague, plus importante encore, de catastrophes dues à l’amiante dans le monde».
Interdire l’amiante
Pour les systèmes de sécurité professionnelle et de sécurité sociale, la charge que représente l’amiante en termes de soins de santé et d’indemnisation est énorme. L’amiante a une incidence directe sur la sécurité sociale dans la mesure où il pèse lourdement sur les régimes d’indemnisation, de pension et de soins de santé des travailleurs. L’amiante est un sujet de préoccupation majeur pour la Commission spéciale de prévention de l’AISS, qui a adopté une déclaration visant à interdire l’amiante en 2004 et prône une interdiction à l’échelle mondiale.
Charge économique et financière
«Ces 20 à 30 dernières années, les paiements d’indemnisation liés à l’amiante ont exercé une pression économique considérable sur de nombreux pays industriels», a indiqué M. Michal Mekota, spécialiste juridique et de l’assurance. Les compagnies d’assurance estiment que le coût futur des demandes d’intervention liées à l’amiante pourraient atteindre 200 à 300 milliards de dollars des États-Unis à l’échelle mondiale. Rien qu’aux États-Unis, plus de 60 000 emplois ont été perdus suite à des faillites consécutives à des recours liés à l’amiante.
«Dans les pays émergents, les personnes actuellement exposées à l’amiante pourront faire valoir des droits à l’indemnisation dans 20 à 30 ans, ce qui pourra avoir des conséquences énormes sur le plan économique», a indiqué M. Mekota.
Les nanotechnologies: une chance ou un risque?
Les nanotechnologies pourraient-elles être associées aux mêmes risques que l’amiante? Ce sujet a été au centre d’autres sessions du colloque et de points presse organisés par l’AISS. Les minuscules molécules de carbone ont des propriétés remarquables qui sont utilisées dans des technologies et des matériaux de pointe, un secteur industriel en expansion rapide.
Les nanotechnologies contiennent de minuscules fibres qui pourraient déclencher des maladies similaires à l’amiante, a indiqué M. Markus Berges, de l’Institut pour la sécurité et la santé au travail de l’assurance obligatoire allemande. «Il nous reste beaucoup à faire pour comprendre et distinguer les nanoparticules sans risque. Il faut que nous fassions les choses correctement», a-t-il conclu.
« Les nanotechnologies représentent une chance énorme, mais elles peuvent aussi comporter, pour la sécurité et la santé au travail, des risques graves que nous devons identifier et évaluer», a dit M. Jorma Rantanen, Président du Comité international de la santé au travail. « Nous devons anticiper afin d’éviter la catastrophe de l’amiante».
Informations complémentaires:
XVIIIe Congrès mondial sur la santé et la sécurité au travail: Nouvelles et ressources
XVIIIe Congrès mondial sur la santé et la sécurité au travail: Site officiel
L'amiante: Vers une interdiction mondiale . AISS, 2006.