Computer lab, Curtin University of Technology, Perth, Western Australia
Ces résultats exceptionnels sont probablement une preuve aussi bien de l’efficacité du paquet de stimulation fiscale que de la force et de la réponse adéquate du système de sécurité sociale, rapidement mobilisé pour faire face aux nouveaux besoins générés par la crise.
Le gouvernement australien a introduit, par étapes, des mesures de stimulation fiscale en vue de répondre à la nature changeante de la crise. Le paquet total comporte trois mesures principales. Premièrement, il s’agit d’augmenter les aides sociales destinées aux groupes à revenu faible et moyen. Deuxièmement, des investissements sont prévus dans les infrastructures sociales, notamment les écoles, les services de santé et le logement. Troisièmement, de nouveaux investissements à moyen terme sont programmés dans les infrastructures économiques.
On peut citer, parmi les mesures d’urgence prises par le gouvernement australien en matière de sécurité sociale, celles destinées à accroître les revenus nets des familles ouvrières et des bénéficiaires de la prévoyance sociale grâce à de nouvelles aides pécuniaires. Comme le montre la composition du paquet australien de stimulation présentée dans le tableau 1, ce ne sont pas moins de 41 pour cent des nouvelles dépenses qui ont été affectées aux aides sociales. Ce pourcentage est bien plus élevé que dans les autres pays à haut revenu, qui consacrent spécifiquement et en moyenne environ 11,7 pour cent de leurs paquets de stimulation aux mesures de sécurité sociale.
Ces aides ont été rapidement débloquées et ont eu un effet presque immédiat sur les dépenses des consommateurs, la vente de détail et la croissance économique. Elles ont pris la forme de paiements supplémentaires versés en une fois aux pensionnés, à raison de USD1’280 pour les personnes seules et de USD1’920 pour les couples. Le paquet a inclus également des paiements supplémentaires de USD915 aux individus éligibles qui s’occupent d’aînés ou de personnes handicapées ainsi que pour chaque enfant appartenant à des familles qui touchent des allocations familiales « family Tax Benefit » (il s’agit d’une aide accordée, sur la base de l’examen des ressources, aux familles à revenu faible et moyen). Si on ajoute à cela plusieurs autres aides d’un montant unique destinées à divers groupes à revenu faible et moyen, on peut considérer que bien plus de la moitié de la population australienne a reçu un montant d’environ USD900 dans le cadre de la réponse de la sécurité sociale.
Toutes ces aides ont entraîné des effets multiplicateurs importants, dès lors que celles-ci ont été programmées pour être reçues par des familles ayant des contraintes financières au cours de la période précédant les vacances de Noël. Cela a contribué à augmenter la demande globale et à éviter à l’économie les pertes qui auraient résulté de la thésaurisation des montants reçus par ces groupes de revenus, et ceci dans le but de se prémunir contre les risques. L’augmentation du nombre de versements uniques s’est accompagnée de révisions majeures du système de pension de vieillesse et des autres prestations de la sécurité sociale en mai 2009. Les réformes entreprises ont entraîné un accroissement permanent important des paiements de la prévoyance sociale. Leur impact net correspondra à une augmentation des dépenses en matière de pensions et des paiements de la sécurité sociale qui y sont liés de l’ordre de USD13,2 milliards au cours des quatre prochaines années.
Cette mesure est destinée à favoriser la confiance du consommateur: plutôt que d’épargner les montants reçus, les bénéficiaires les ont dépensés, soutenant ainsi la demande économique. Il est important de noter que cette approche correspond à la stratégie de croissance génératrice de revenus, préconisée par le Bureau international du Travail (BIT) tout au long de la crise.
Fin 2009, le marché australien du travail semble s’être fortement redressé. L’emploi a progressé au cours des derniers mois de l’année 2009, et 95 000 nouveaux emplois ont été créés entre septembre et décembre de la même année. En mai 2009, le gouvernement avait estimé que le chômage atteindrait un taux record avoisinant les 10 pour cent si aucune mesure de stimulation n’était prise. Au lieu de cela, le taux national de chômage s’est situé à 5,5 pour cent en décembre 2009, ce qui représente une baisse de 0,3 pour cent depuis octobre – une situation bien plus positive que prévu. Tous les indicateurs montrent aujourd’hui que le marché du travail s’est stabilisé – 136 000 emplois ont été créés depuis que le marché du travail a entamé sa reprise en août 2009. Bien plus, ces nouveaux emplois sont, dans une large proportion, des emplois stables et à plein temps.
Quelles leçons tirer de l’expérience australienne? Les résultats documentés présentés ci-dessus montrent que les réponses à la crise génératrices de revenus représentent une option efficace pour les pays qui possèdent des réserves fiscales suffisantes. Il semblerait surtout que les dépenses qui ciblent les groupes à revenu faible et moyen dans le cadre des mesures de la sécurité sociale peuvent limiter les effets d’une récession qui touche l’économie et le marché du travail, restaurer la confiance du public et représenter un élément important de la stratégie de sortie de crise en stimulant la demande globale (grâce aux dépenses publiques). Par ailleurs, tout comme pour les autres exemples positifs tels que la gestion par les ATP danois des fonds de la sécurité sociale durant la crise, il est clair que les gouvernements et les administrations de la sécurité sociale ne sont pas désarmés face à des crises qui peuvent survenir partout et à tout moment. On peut dire que la manière dont un pays gère la crise dépend dans une large mesure des choix politiques effectués et de l’importance accordée en conséquence à ces choix. Il est vrai que des pays comme l’Australie disposent de réserves fiscales nécessaires pour financer leurs paquets de stimulation, notamment les initiatives d’assistance sociale financées par l’impôt. Il n’en reste pas moins que l’expérience australienne est la preuve que les pays possèdent, sans nul doute, un contrôle considérable sur leurs destinées.
Notes
ISSA. 2009. Seminar on social security in times of crisis: Australian social policy in the economic downturn. www.issa.int/aiss/News-Events/Events/Seminar-on-Social-Security-in-Times-of-Crisis-Impact-Challenges-and-Responses
Khatiwada, S. 2009. Stimulus packages to counter global economic crisis: A review (Discussion paper No. 196). Geneva, International Institute for Labour Studies. www.ilo.org/public/english/bureau/inst/publications/discussion/dp19609.pdf
Kyloh, B. 2010. Riding your luck and adopting the right policies: Why the Australian economy is rebounding strongly . http://column.global-labour-university.org/2010/02/riding-your-luck-and-adopting-right_7214.html
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